à propos
Le travail de l’artiste plasticien Clément Bagot en appelle à une expérience sensible et esthétique plurielle, créant des œuvres complexes et riches autour de l’homme, de la nature, des structures urbaines, de l’architecture et des éléments organiques. Explorant les concepts de l’éphémère et du changement, il met en lumière la fragilité de notre environnement et notre relation avec lui. Se faisant, il sollicite nos attentions dans de subtils glissements visuels, ouvrant sur des mondes indécis, en suspension pour certains, dans lesquels nos regards naviguent avant de venir s’y installer – forts de quelques apparentements hospitaliers.
Partagée entre une production de dessins et un travail en volume, la démarche artistique de Clément Bagot en appelle à une expérience duelle située entre l’abstraction et la figuration. Maniant l’art du dessin et de la sculpture, Clément Bagot consacre les dix premières années de son parcours artistique à la pratique du dessin avant d’opérer, peu à peu, un passage vers la sculpture puis l'installation. Articulant une pratique intense du dessin et de la sculpture, l'artiste réalise des compositions énigmatiques et imaginaires qui retranscrivent une perception décalée de la réalité du monde dans lequel nous évoluons, tout en interrogeant la place de l'individu dans l'univers. La démarche de Clément Bagot, mêlant répétitions minutieuses, configurations précises et élaborations géométriques, ponctuées par une forme d’improvisation et de spontanéité, tend vers un épuisement du geste artistique à travers des graphismes ondulatoires et des figures élémentaires.
Clément Bagot génère des mondes inédits et imaginaires - marqués par la vision d’œuvres cinématographiques[1], nourrit par la science-fiction et l’univers de la bande dessinée[2] -, invitant le spectateur à déambuler et à se perdre au milieu de ses mondes miniatures encapsulés sous des capots plexiglas, véritables sculptures-maquettes aux nombreuses connotations architecturales, et que l’artiste qualifie de "microcosmes". Ses créations, à la fois étranges et familière, à l'aspect organique, minéral ou végétal éveillent la curiosité des visiteurs qui se retrouvent plongés dans une esthétique atemporelle, un espace-temps suspendu à éprouver.
Entre espaces architecturés, formes habitables et structures organiques, l’univers graphique et sculpturale de Clément Bagot brouille les frontières entre intérieur et extérieur, invitant le visiteur à traverser des paysages en mutation, en (dé)construction et des imaginaires en constante évolution. Il crée les conditions d’une navigation entre des mondes passés et futurs aux contours indéfinis. Mi-abri, mi-chrysalide, aéronef, arche ou bunker - device ou shelter - l’apparentement des formes habitables travaillent ainsi les certitudes qui structurent les contours de nos espaces, réels ou pensés, sensibles ou utopiques.
Eric Degoutte.
[1] Telle que la vision des œuvres de Wells, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Fritz Lang, ou encore Stanley Kubrick
[2] Tel que Moebius
Clément Bagot conçoit ses dessins et ses sculptures en procédant par agrégats de formes et de matériaux qu’il agence et développe de proche en proche, comme un organisme qui s’auto-générerait par réplication et variation de quelques constituants primordiaux. Dans les dessins, la répétition d’une configuration de segments, de graphismes ondulatoires ou de figures élémentaires, déterminera la logique du recouvrement de la surface du papier. Dans les microarchitectures la construction progresse par strates et addition de modules de tasseaux, de profilés ou d’agrafes généralement exécutés indépendamment les uns des autres avant d’être agglomérés les uns aux autres.
Chaque œuvre invite le regard à parcourir sa lente et complexe élaboration, sollicitant pour les plus grands formats un engagement physique du spectateur qui doit s’immerger dans la feuille ou tourner autour, voir y entrer, quand il s’agit de sculptures ou d’installations, pour découvrir en leur antre de nouvelles structures.
Découvrir les œuvres de Clément Bagot, relève d’une longue traversée, obligeant le regard à réévaluer continuellement les rapports d’échelle, ce qui est de l’ordre du contenant ou du contenu, de l’intérieur ou de l’extérieur.
Véritables microcosmes, comme les nomment l’artiste, les œuvres ont une propension à générer, lier et articuler. Elles s’offrent au regard comme les fondations d’un imaginaire ouvertes aux libres circulations et transformations. Du dessin plan à l’architecture, de la racine à l’organisme, elles sont autant d’espaces de transition ou de reliefs en devenir.
Noëlig Le Roux
Clément Bagot, habiter l’espace
Partagée entre une production de dessins et une autre de sculptures, l’œuvre de Clément Bagot en appelle à une expérience duelle, de la virtualité à l’altérité. Si les premiers relèvent d’une vision quasi cosmogonique nous entraînant à l’épreuve sidérale de mondes inventés, les secondes procèdent de la mise en forme de constructions architecturées, tantôt aux allures de maquettes, tantôt de topos à échelle humaine. Dans l’un comme dans l’autre de ces deux derniers cas – lesquels correspondent aux travaux présentés dans la nef de l’abbaye St-Jean d’Orbestier et sous la croisée du MASC -, le corps y est convoqué à l’exercice d’une appréhension de l’espace qui multiplie les jeux d’échelles et de points de vue. Le regardeur s’y trouve alors en situation d’en faire une expérience tout en même temps phénoménologique et poétique, aussi son rapport aux lieux mêmes de l’exposition gagne une dimension sensible et perceptible nouvelle.
Le volume est advenu dans le parcours de l’artiste à la suite de tout un ensemble de travaux graphiques dont les réseaux serrés, à la façon d’un maillage natif au fil de leur exécution, donnait forme à des images référant à des structures organiques tout à la fois étranges et familières. Il y allait possiblement de la vison interne d’un corps, de l’aperçu aérien d’un paysage, de la découverte souterraine d’un limon. Quelque chose d’un principe construit, rapporté aux deux dimensions d’une seule surface, règle l’élaboration de l’œuvre graphique de Bagot dont les sculptures apparaissent être comme leur développement dans l’espace. Pour opérer ce passage à la 3D, l’artiste recourt à des protocoles et des matériaux qui, s’ils sont propres, n’en sont pas moins analogiques à ceux utilisés pour le dessin. Ici et là, il y va d’un travail particulièrement minutieux, quasi laborieux, qui exige patience et longueur de temps et qui relève de pratiques artisanales dans l’art de l’assemblage, du collage, de l’échafaudage, de l’agencement, bref de tous les possibles de l’art du construit.
Comme le dit Stefan Zweig dans sa magistrale conférence sur « Le mystère de la création artistique », donnée en 1939 à New York : « Il faut pénétrer le secret du faire d’un artiste, pour comprendre sa création. » Tenter la chose au regard du travail de Clément Bagot, c’est prendre tout d’abord la mesure de son atelier, perché à l’étage d’une petite maison de la banlieue de l’est parisien. Relativement réduit, le monde de Bagot est assez proche de celui de l’atelier d’un artisan, occupé par deux imposantes tables façon architecte, un coin bureau avec ordinateur et différents éléments de rangements assez bien organisés. Au travail du volume, selon l’importance du projet, soit l’artiste fait de la place pour gagner de l’espace, soit il occupe un local un peu plus vaste au rez-de-chaussée.
Dans tous les cas, Bagot accapare les lieux où il opère et son atelier s’encombre dès lors de toutes sortes de matériaux et d’outils qui lui servent à réaliser l’œuvre imaginée. S’il réalise lui-même la plupart de ses pièces, il externalise parfois la fabrication de tel ou tel élément compliqué à faire. Certains de ses projets, plus ambitieux en termes de volume, requièrent même l’aide d’un assistant. L’artiste travaille alors le plus souvent avec la même personne de sorte à être bien en phase avec elle, quand bien même il reste le seul et unique auteur de son ouvrage. Il en est ainsi des œuvres présentées sous la croisée du MASC, lesquelles ont nécessité un espace beaucoup plus vaste, obligeant l’artiste à délocaliser en quelque sorte son atelier pour aller travailler à la campagne.
A l’instar de la plupart des artistes, sitôt qu’un projet d’œuvre le préoccupe, Clément Bagot recourt tout d’abord au dessin et gratte quelques esquisses et croquis pour avoir une première vue des idées qu’il a en tête. Pour mieux les cerner, les figurer formellement. Si cela vaut surtout pour les grandes pièces en volume – pouvant par ailleurs réclamer l’usage informatique de la 3D -, il n’en demeure pas moins que, dans l’élaboration même de l’objet, l’artiste opère aussi de manière intuitive et empirique. Au travail, il va souvent sans contrainte préalable, s’accordant volontiers la possibilité d’un imprévu, d’une surprise.
D’un lieu à l’autre, de l’abbaye St-Jean d’Orbestier à la Croisée du MASC, c’est un ensemble d’œuvres à deux directions qui y ont été réunies. D’une part, une dizaine de pièces s’offrant à voir comme des petits monde en soi, à la dimension de ces maquettes que réalisent les architectes pour rendre compte visuellement de leurs projets, à découvrir donc de près, en s’y penchant, les contournant, pour en percer le secret. De l’autre, deux constructions, complémentaires dans leur façon d’habiter l’espace, l’une confinée, l’autre éclatée, structurant celui-ci, invitant le regardeur à la possibilité d’une traversée, sinon d’une déambulation. L’art de Clément Bagot est requis par l’architecture, partant par une puissante relation au corps pour ce qu’il est le vecteur primordial d’une inscription spatiale. Parce que, selon Paul Valéry, « l’espace est un corps imaginaire comme le temps un mouvement fictif[1] », l’expérience de l’œuvre chez Bagot se double d’une réflexion sur le temps. Le binôme espace-temps y trouve d’ailleurs des formulations nourries de sa passion tant pour les avant-gardes russes - notamment El Lissitzky, - que pour la science-fiction et le cinéma, de Jules Verne à Stanley Kubrick et George Lucas. A l’expérience de son travail, la question majeure que pose Bagot est celle de l’implication du spectateur à l’œuvre, de sa capacité à y entrer, mentalement ou physiquement. Sa préoccupation est somme toute de résoudre une interrogation essentielle : comment faire que l’espace de l’œuvre devienne l’espace du spectateur ?
Le choix qu’a fait Clément Bagot de placer ses « microcosmes » à l’abbaye St-Jean d’Orbestier sur des fragments de murs en parpaing, disposés çà et là dans l’étendue de la nef, confère au lieu l’allure d’un site archéologique inattendu. L’effet est simultanément renforcé par l’appareil de pierre à cru de la bâtisse, par la nature sableuse du sol, par le côté brut des matériaux employés et par le dispositif d’éclairage ponctuel, directement ciblé sur chacune de ses œuvres, qui les fait vivre, voire les anime. Faites de toutes sortes d’éléments matériels, souvent de rebut – morceaux de plastique en tous genres, transparents ou gradués, règles et mètres de menuisiers, agrafes métalliques, etc. -, celles-ci présentent l’aspect tantôt de stations ou de navettes spatiales, tantôt de mystérieux monuments d’un âge innommable. Il y va du paradoxe d’une temporalité qui mêlerait de façon improbable le passé et le futur au présent du regardeur. Quelque chose d’un temps suspendu – qui fait écho à la mémoire de la bâtisse religieuse – est à l’œuvre dans cette rencontre entre un monde de matériaux et de formes élémentaires et un imaginaire façon troisième type.
Procédant toutes deux de l’idée de passage – terme commun employé dans leur titre respectif -, les deux imposantes structures installées sous la croisée du patio du musée de l’abbaye Sainte-Croix offre au visiteur l’occasion d’une autre forme d’expérience. Conçues comme des architectures savamment élaborées, faites de l’association de pièces de bois et d’autres métalliques, combinés les unes aux autres, celles-ci déterminent comme des lieux à vivre le temps d’une traversée. Ce ne sont rien d’autres que des objets dressés dans l’espace qui, par leur fonction de transition, le structurent différemment, lui conférent une lecture singulière, partant en proposent une appréhension autre. Ainsi, livrés à l’imaginaire perceptif et expérimental du visiteur, celui-ci fait siens tout à la fois le lieu même de l’exposition et les œuvres qu’il recèle.
Philippe Piguet,
commissaire de l’exposition
[1] - Paul Valéry, Tel Quel, Paris, Gallimard, 1944.
La possibilité du volume
De Clément Bagot, on connait surtout les dessins, hallucinants de précision. On connait également ses maquettes qui sont elles aussi de merveilleux modèles de minutie. On connait un peu moins ses installations et ses environnements, car rares et éphémères, et tout autant ordonnés avec le même scrupuleux souci du détail. Mais l’artiste n’avait encore jamais réalisé de sculpture-architecture à taille humaine. Passage est donc pour lui la première du genre, rendue possible par Art ( ) Collector (1)
Si les maquettes de Clément Bagot peuvent apparaître comme une mise en volume de ses dessins, Passage est de toute évidence un agrandissement de ses maquettes. Il en a d’ailleurs réalisé une, pour concevoir ce module architectural à l’échelle une. Le jeu d’échelle est, depuis qu’il est artiste, à la fois la colonne vertébrale et la mesure de tout son travail. Certains de ses dessins, par exemple, alternent les vues satellitaires et microscopiques et invitent à un va et vient constant entre l’infiniment loin et l’infiniment près, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Question d’échelle donc et, en conséquence, du point de vue. D’ailleurs devant un dessin de Clément Bagot, on ne sait jamais d’où l’on regarde. Zoom ou grand angle, le vertige est toujours à l’œuvre devant ces troublantes cartographies, devant ces images volontairement pensées pour être toujours à la frontière entre les domaines du cellulaire, du végétal, de l’organique, de la topographie, du rhizome, du fractal.
Pour arriver à ce Passage, Clément Bagot a, au fil des années, franchi plusieurs étapes. Il a d’abord assez vite ressenti le désir, voire le besoin, de prendre un peu de distance avec le dessin à la plume, de dénouer le geste familier de la main, de sortir de l’habitude du trait. Pour cela il a dans un premier temps intégrer dans ses dessins des caractères et typographies Letraset pour esquisser des pistes de sortie du dessin, brouiller les lignes, introduire de nouvelles textures, comme autant de petites excroissances annonciatrices de reliefs plus importants puis carrément de sculptures miniatures avant de passer à la taille supérieure. Mais quelle que soit la dimension et les matériaux choisis, Clément Bagot ne perd jamais de vue le dessin. Ainsi les baguettes transparentes en plexiglas de ses maquettes s’apparentent-elles à des lignes flottant dans l’espace, de même que les barres d’agrafes du modèle réduit de Passage rappellent un alignement de petits traits, une succession de hachures. Le dessin trace ainsi toujours une ligne directrice, un fil conducteur qui permet de glisser d’une proposition à une autre et structure les phénomènes d’addition, de densité, de saturation, autour desquels s’articule sa démarche.
C’est d’ailleurs bien, dans un premier temps, une impression de confinement voire d’étouffement que suscite Passage. Elle incite en effet le spectateur à vivre une expérience physique et une aventure sensorielle. Car le titre est à lire à la fois comme un changement d’échelle et comme la possibilité de traverser l’œuvre. Celle-ci nous invite d’abord à traverser un espace ajouré, aux allures de claustra, avec des formes géométriques découpées dans le bois, comme autant de petites fenêtres ouvertes sur l’extérieur, pour passer dans un second volume, à peine plus grand, qui semble reprendre le principe des découpes mais cette fois en plein et en (bas) relief. Opposition du dehors et du dedans, du vide et du plein, du négatif et du positif, du bois simple et du bois conjugué au métal gris, de la sensualité du premier et de l’aspect plus froid du second. Tout semble opposer ces deux espaces, ce qui est le but, alors qu’en réalité ils ne sont pas si contraires l’un de l’autre. Chacun joue en effet sur les notions de texture, de langage du dessin, ici les veines du peuplier verni, là le brossage de l’aluminium dépoli qui décline les gris et nuance leur matité. Comme un dessin « pénétrable » dans lequel on peut rentrer mentalement, comme s’il s’agissait d’un papier, mais également physiquement. Ce qui évidemment relève d’une toute autre expérience, d’une toute autre rencontre, d’une toute autre aventure. En somme d’une nouvelle conquête de l’espace.
Henri-François Debailleux
Entre abstraction et figuration
Les dessins de Clément Bagot se situent à la limite entre abstraction et figuration. Le morcellement de leur maillage graphique est si intense que l’on ne sait plus s’il donne corps à la surface du papier ou s’il la désagrège. Cette forme ambiguë de territoire apparaît aussi dans ses sculptures charpentées et fragiles, ancrées et flottantes. Elles évoquent une configuration spatiale à la fois discontinue et liée. Comme avec les dessins, on se confronte à un espace minutieusement défini et impossible à saisir. Un paradoxe dynamique qui fixe l’attention et renvoie à notre être-là. La légèreté de ces architectures rappelle les bricolages précaires de l’enfance. Enfermées dans des boites, destinées à durer et d’une précision chirurgicale, elles sont cependant soumises aux lois de l’analyse et de la mesure. La présence d’instruments de géomètre dans les œuvres évoque une volonté démiurgique que contrecarre une conscience de la finitude. Sises dans cette tension, les architectures de Clément bagot contiennent des possibilités qu’il souhaite déployer à plus grande échelle, sous la forme d’installations, pour qu’elles fassent corps avec le spectateur.
Marguerite Pilven
Clément Bagot ou la transparence des mondes.
Clément Bagot définit volontiers ses œuvres (qu’il s’agisse des volumes ou des dessins) comme des « paysages mentaux ». Ses dessins apparaissent comme une cartographie cellulaire, dense, dotée de stratifications et librement rythmée à la manière d’un set de jazz. Ses sculptures – constructions de tailles variées évoquant des vaisseaux spatiaux, des villes de science-fiction ou des arches revenues du futur – se bâtissent sur le mode de la prolifération modulaire. Partant de quelques éléments architecturaux qu’il commence par assembler entre eux (éléments souvent mis au point par l’artiste avant même de savoir comment ils seront intégrés à l’œuvre), l’artiste construit ses maquettes de proche en proche, au gré des propositions de son imagination.
Parmi ses réalisations actuelles, on distingue essentiellement deux types. Il y a celles qui se bâtissent à la manière d’échafaudages mâtinés de carcasses de cétacés, comme dans L’Étalon (2010), pièce imposante de 3 mètres de longueur. Il y a aussi celles qui prennent la forme d’une coque (vaisseau spatial ou grotte), ainsi la récente Ovum, tel un astéroïde en suspension. A chaque fois, on note la délicatesse des pièces utilisées qui définissent autant de cellules en cours de démultiplication, et les formes issues d’une science-fiction high-tech non dépourvues de traits anthropomorphiques.
En réalité, aucun des éléments utilisés n’est réellement identifiable. Tout se passe dans la suggestion de formes, et la perception du spectateur évolue en fonction des références qui l’habitent. On verra dans les maquettes un monde à la Schuiten et Peeters, une arche de Noé du futur, un engin aérien sorti de Star Wars ou bien encore un monde souterrain construit par des bâtisseurs lilliputiens.
Pour réaliser ses sculptures, l’artiste détourne de leur usage premier toutes sortes d’éléments. Dans son atelier on remarque les cartons qui recèlent les mystérieuses réserves de ses matériaux. Sur sa table de travail, scalpels et spatules de quelques millimètres de large rappellent la précision extrême du travail. Mais on sait aussi que l’artiste – à la fois maître d’œuvre, maître d’ouvrage et ouvrier ‑ fait appel à des techniques plus lourdes (menuiserie, électricité, thermoformage).
On pourrait être tenté d’extrapoler le propos de l’artiste et de le tirer vers les recherches sociales ou utopistes menées par une certaine architecture actuelle. Une observation minutieuse arrête très vite une telle tentation. L’univers de Clément Bagot est en effet inhabitable, chaque oeuvre (qualifiée de maquette à défaut d’une dénomination plus juste) ne pouvant exister qu’à l’échelle à laquelle elle a été réalisée. Chacune est un monde clos, un univers possible qui a fragilement pris corps. Seul le rêve du spectateur est assez plastique pour y pénétrer, grimper le long des piliers, se faufiler d’une plate-forme à l’autre.
Fait de formes aériennes et se déployant dans un jeu de transparences, l’univers de Clément Bagot se tient sur une ligne délicate, au-delà du fantasme désincarné et tout près de l’avènement réel d’un ailleurs.
Anne Malherbe
Biographie
Né le 7 janvier 1972 à Paris.
Vit et travaille à Montreuil.
Formations
1990 Baccalauréat section Arts Plastiques, Reims.
1990-1992 Diplômé de l’École d’Arts Appliqués Studio Berçot, Paris.
1993-1995 Styliste au département Accessoires chez Jean-Paul Gaultier, Paris.
Expositions personnelles
2025 Passage Portée, La Maréchalerie centre d’art contemporain, 78000 Versailles.
2024 Feed me weird things, Pollen artistes en résidence, 47150 Monflanquin
2024 Multimondes Multiples, Les Tanneries Centre d’Art Contemporain, 45200 Amilly.
2023 Itinéraire Composite, Manufacture Design - Saguez and Partners, 93400 Saint Ouen.
2021 Temps suspendus, Rue intérieure - Espace Coeur de ville, 94300 Vincennes.
2021 Parenthèse des formes, La forme -Lieu d’exposition Art contemporain et Architecture. 76600 Le Havre.
2020 Habiter l’Espace, Musée de l’Abbaye Sainte Croix-MASC, Abbaye Saint Jea d’Orbestier, 85100 Les Sables
d’Olonne. Commissariat Philippe Piguet.
2020 Reliefs et Transitions, Orangerie du Chateau de Sucy. 94370 Sucy en Brie. Commissariat Noelig Leroux.
2019 La matière des possibles + Passage, Prix Art Collector / Cornu 1887.Espace 24 Beaubourg, 75003 Paris.
2018 L' Elément Courbe, Centre d'Art André Malraux, 68000 Colmar.
2018 Aviver Les Lignes, École National Supérieur d'Art de Design, 38000 Grenoble
2018 Dessins et Sculptures, Centre d'Art Les Quinconces, 72000 Le Mans.
2018 Mise en Place 2, Le Réseau. Théâtre de l’Espal ,scène nationale, 72000 Le Mans.
2017 Supervues, Hôtel Burrhus, 84110 Vaison-la-Romaine.
2016 Treixel, Galerie Eva Hober 75003 Paris.
2015 Dessins ,Moments Artistiques, 75003 Paris.
2013 Hors d’échelle, Le Patio Opéra, art collector, 75008 Paris.
2013 Partir d’un point et aller le plus loin possible, Galerie Eric Dupont, 75003 Paris.
2012 Matière grise, Yishu 8, House for the Arts, Pékin, China.
2011 Traversée d’espace, Chapelle de la visitation, commissaire Philippe Piguet, 74200 Thonon-les-Bains.
2010 Mise en place, Ecole National Supérieur d’Architecture de Paris-la Villette, 75019 Paris.
2010 Entrée en matière (avec le soutien du centre national des arts plastiques). Galerie Eric Dupont, 75003 Paris.
2007 Galerie Premier Regard, 75015 Paris.
2007 Binôme, Musée de l’Hospice St Roch, 36100 Issoudun.
2001 Hors contours, Maison de l’arbre, Espace Armand Gatti, 93100 Montreuil.
2000 Sur papier, Centre Culturel de Mareuil-le-Port. 51346 Mareuil-le-port.
1998 L’imprimerie, 75019 Paris.
Expositions collectives
2024 Small, Backslash Galerie, 75003 Paris.
2024 Paréidolie salon du dessin, Galereie 8+4, 13004 Marseille.
2024 Yishu 8, National Art Museum of China, Pékin-Béijing, Chine.
2024 Drawing Now, salon du dessin contemporain, Galerie 8+4, Carreaux du temple, 75003 Paris.
2024 Manifesta, Galerie 8+4 Bernard Chauveau, 69001 Lyon.
2023 La chambre à Brouilard, commisariat Olivier Dadoun, L’AhAh Centre d’Art, 75011 Paris.
2023 Le dessin collectionné, 11 lauréats du prix Drawing Now, Drawing House, 75014 Paris.
2023 Bons baiser de Pékin, Yishu 8 histoire d’une résidence d’artistes, Musée Guimet - Hôtel d’Heidelbach, Paris
2022 Double Jeu, vingt ans de création dans les collections. Masc, Musée d’art Moderne et Contemporain - Abbaye
de Sainte Croix. 85100 Les Sables d’Olonne.
2022 Traverser la Nuit, œuvres de la Collection Antoine de Galbert. MAAT Museum, Lisbonne, Portugal.
2022 Varia, Abbaye Saint André - Centre d’art contemporain, 19250 Meymac.
2021 I do Not Care, Galerie A2Z, 75006 Paris. Commissariat Marianne Dollo.
2020 Résidence Saint Ange, Cinq années de résidences d’artistes, Espace 24 Beaubourg, Paris.
2020 De leur Temps, Collectionner au 20 ème siècle, Collection Yvon Lambert, Musée d’Art Contemporain, Avignon.
2019 Penser le Paysage, Galerie d’Art Albert Bourgeois, Fougères.
2019 Dimension Supplémentaire, Salle Saint Martin, ville de Souillac.
2019 État des Lieux, La vallée, Bruxelles, Belgique.
2017 5x2+1, Lauréats Art collector, Patinoire Royale, Galerie Valérie Bach, Bruxelles.
2017 L’homme nature, Musée Passager, Argenteuil, Clichy Montfermeil.
2016 Salon du dessin contemporain Drawing Now, Paris. Galerie Eva Hober.
2016 Architopie , Maison des Arts Plastiques Rosa Bonheur, Chevilly-Larue.
2016 5 X 2 Art Collector, portfolio lithographique, Atelier Michael Woolworth, Paris.
2016 L’espace du dessin, le dessin dans l’espace : Centre d’Art Contemporain d’Istres. Istres.
2016 Groupe show, Art Collector, le Patio Opéra, Paris
2016 Donation Florence & Daniel Guerlain, Centre Pompidou. Kunsten Museum of Modern Art. Aalborg, Danemark.
2016 Le Contemporain Dessiné, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
2015 Cartographies Intimes, Centre d’art Contemporain le 116, Montreuil.
2015 Le temps de l’absolu, Galerie C, Neuchâtel, Suisse.
2015 Autofiction d’une collection : Ramus del Rondeaux, Galerie Polaris, Paris.
2015 Collection Philippe Piguet, Espace d’Art Contemporain l’Abbaye, Annecy-le-Vieux.
2015 Etre étonné c’est un bonheur, Chapelle de la Visitation, Thonon-les-Bains.
2015 Le Thé et le vin vu par les artistes, Galerie des Galeries, Galeries Lafayette, Paris.
2014 Le Mur, La Maison rouge, Fondation Antoine de Galbert, Paris.
2014 Dans la Maison de Monsieur C. Cramont.
2014 Art Bruxelles, Galerie Eric Dupont, Belgique.
2014 Salon du dessin Contemporain Drawing Now, Carrousel du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2013 Donation Florence et Daniel Guerlain , Centre Pompidou , Musée d’Art Moderne ,Paris.
2013 De la lenteur avant toute chose... ABCD la Galerie, Montreuil.
2013 Art Bruxelles, Galerie Eric Dupont, Belgique.
2013 Salon du dessin contemporain Drawing Now, Carrousel du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2012 Rien comme quelque chose se produit quelque part, Domaine de Saint-Ser, Voyons voir, Art et Territoires.
2012 Art Bruxelles, Galerie Eric Dupont, Belgique.
2012 Salon du dessin contemporain Drawing Now, Carrousel du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2012 Premier Regards, Dix ans de Premier Regard, Espace Bastille Design Center, Paris.
2011 Micrwave 8, Galerie Josée Bienvenue, New York.
2011 Salon du Dessin Contemporain Drawing Now , Carrousel du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2011 Des paysages et des figures, Château de St Ouen, Saint Ouen.
2011 Behind, Clément Bagot/ Raphaël Zarka, Centre d’art la Graineterie, Houilles.
2010 Science et Fiction, Cité des sciences et de l’industrie, Paris.
2010 Arpentages, collection Claudine et Jean-Marc Salomon, Hôtel Marron de Meillonnas, Bourg-en-Bresse.
2010 Salon du Dessin Contemporain Drawing Now, Carrousel du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2010 Collection 3 peinture et dessin, Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon, Château
D’Arenthon, Alex.
2010 Architecture en lignes, Musée d’art contemporain du Languedoc-Roussillon, Sérignan
2009 La Source au Palais de Tokyo, Palais de Tokyo, Paris.
2009 Fiac, Cour Carrée du Louvre, Galerie Eric Dupont, Paris.
2009 Galerie Box, Gothenbourg, Suède.
2009 Salon du Dessin Contemporain Drawing Now, Galerie Eric Dupont, Paris.
2009 Ligne à ligne, Galerie Nationale d’Indonésie, commissaire d’exposition Michel Nuridsany Djakarta.
2009 À Fleur de peau II - Le dessin à l’épreuve, Galerie Eric Dupont, Paris.
2008 Biennale Atmosphères, Laniscat.
2007 Seed Project installation, Winkelman Gallery, Chelsea, New York.
2007 Pirogi Show, Pocket Utopia Gallery, Brooklyn, New York.
2007 Koeur, Paysages minuscules, APPAC, Montreuil.
2006 Galerie Artegalore, Paris.
2006 Artificialia lll, Maison d’art Bernard Anthonioz, Fondation des arts graphiques, Nogent sur Marne.
2006 La Source, La Guéroulde.
2005 La Source, Domaine de Villarceaux.
2005 Artificialia, Musée de Bar-le-Duc.
2003 Naturalia, Fondation des Arts Graphiques, Hôtel de Rothschild, Paris.
2003 The incredible lightness of being, black&white Gallery, Brooklyn, New York.
1999 Espace: la Manufacture, Paris
Résidences
2024 Pollen, Artistes en résidence, programme estival, 47150 Montflanquin.
2018 Résidence Saint-Ange, Seyssin, Grenoble.
2014 Pollen, Artiste en résidence, 47150 Montflanquin.
2012 Yishu 8, Pékin, Chine.
2012 Voyons Voir, Domaine de Saint Ser, 13114 Aix-en-Provence.
2008 Sculpture Space, Utica city, New York, USA.
2007-2008 Musée de l’Hospice St Roch, 36088 Issoudun.
2005-2006 Association La Source, 27305 La Guéroulde.
Acquisitions
2021 MASC- Musée d’Art Moderne et Contemporain, Les Sables d’Olonne.
2015 Fond de la ville de Montreuil.
2011 Centre Pompidou, Musée d’Art Moderne, Paris.
Prix
2020 Prix de soutien à la Sculpture, Académie des Beaux Arts de Paris.
2019 Prix Art Collector / Cornu 1887, ( aide à la production et exposition ).
2018 Emerige, un immeuble une oeuvre, 75017 Paris
2013 Prix Art Collector.
2012 Prix Yishu 8. Paris-Beijing.
2012 Prix du salon du dessin Contemporain Drawing Now, Paris.
Publications
2020 1 Immeuble, 1 oeuvre, Emerige mécénat. Paris.
2020 Habiter l’Espace, Musée des Sables d’Olonne, MASC. Texte de Philippe Piguet.
2020 Reliefs et Transitions, Ville de Sucy en Brie, texte de Noélig Le Roux.
2018 Aviver Les Lignes, Résidence Saint-Ange, Paris.
2014 Prélude #1, Collection Laurent Dumas. Paris.
2016 Donation Florence et Daniel Guerlain, Centre Pompidou- Kunsten Museum of
Modern Art Aalborg, Danemark.
2016 Le Contemporain dessiné, Parcours aux Arts Délcoratifs. Agnes Callu et Christine Phal.
2013 Donation Florence et Daniel Guerlain, dessins contemporains. Centre Pompidou.
2013 Hors d’échelle, Art Collector
2011 Traversee d'Espace, Semaine n° 282, éditions Analogue, Centre d’art contemporain
de Thonon-les-Bains, Texte de Philippe Piguet.
2010 « Dessin », Collection Florence et Daniel Guerlain.
2010 Collection 3, Peinture et dessin, Fondation Salomon pour l’art contemporain, Alex.
2009 Ligne a Ligne, Centre Culturel Francais de Jakarta, Textes et commisariat de Michel
Nuridsany.
2008 Clément Bagot « Binôme », Emmanuel Falque. Musée de l’Hospice St Roch, Issoudun.
Parutions
2024 Artpress # 521, “Multimondes Multiples”, Les Tanneries, Jeanne Mathas.
2018 Colette Tornier, l'Art de la comvivialité. La Gazette Drouot Janvier 2018,
2016 Le Journal des Arts n. 454, avril 2016, Henri-Francois Debailleux “ Bagot, micro, macro”.
2013 Connaissance des arts, Elisabeth Védrenne « Cartographies rêvées », novembre 2013.
2013 Art Absolument n. 56, Philippe Piguet « Secrètement votre », novembre 2013.
2013 La Gazette Drouot, n. 39, nov. 2013.
2013 Libération, « Monochromie et minutie de fourmi », Henri-Francois Debailleux, 23 novembre 2013.
2013 L’œil n°656, Philippe Piguet, Avril 2013.
2013 Le journal des Arts n° 390, Frédéric Bonnet « Parole d’artiste », Avril 2013.
2013 Le Monde, Emmanuelle Lequeux, 15 Avril 2013.
2012 Journal des Arts n° 365, Christian Simenc « drawing now en solo show », Mars 2012.
2012 Next Liberation.Fr , Dominique Poiret « Le dessin tient salons ». Mars 2012.
2012 Le Monde, Philippe Dagen, 29 Mars 2012.
2012 Connaissance des Arts.Fr , Mars 2012.
2011 Art Magazine n.54, mars 2011.
2010 Figaroscope 04/05/2010
2009 Télérama Sortir, Janvier 2009
2009 Le journal des Arts, dans le cadre de l’association La Source 18 décembre, ARTE TV
2009 Arts Magazine, Juin 2009 n°35.
2009 Art, A fleur de peau II : Le dessin à l’épreuve. Télérama Sortir # 3081
2008 Magazine Contemporain, fev/avril 2008
2008 France 3 centre, 14 Janvier 2008 : une résidence au Musée Saint Roch.
2006 France inter : dans le cadre de l’association La Source, Mars 2006.
2005 Le Journal du Dimanche, Octobre 2005.
Ateliers/ Workshops
2011
Atelier d’été à la Source, La Guéroulde.
2010
Workshop, avec les étudiants de deuxième année de l’école d’architecture de Paris-La Villette.
Workshop « maquette et architecture », Pavillon Bosio, Ecole supérieure d’arts Plastiques de la ville de Monaco.
2009
Atelier « archi/animal » Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris.
Atelier « Archibizarre » Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris.
Atelier « développement durable » La Source, La Guéroulde.
Atelier maquette, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris.
2008
Atelier « Archibizarre » Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris.
2007
Atelier « Architecture et nature » Parc Saint Léger, Centre d’art contemporain de Pougues-les-eaux
Atelier « livre objet » avec les élèves du Lycée agricole de Chambray.
2006
Assistant d’Anne et Patrick Poirier durant leur intervention à La Source Guéroulde,
Atelier « Architecture ».
Atelier « Villes et constructions », école de Gisors.
2005
Atelier « Robots » La Source Villarceaux.
Enseignement
2011-2012
Enseignant en Arts Plastiques, vacataire mi-temps, cycle licence un.
École National Supérieur D’Architecture de Paris la Villette, 75019 Paris.
2012-2013
Enseignant en Arts plastiques, associé mi-temps, cycle licence deux et trois.
École National Supérieur D’Architecture de Paris la Villette, 75019 Paris.
Crédits Photographiques : Philibert Tapissier, Aurélien mole, Thierry Sauvage, Philippe Ruault, Clément Bagot.